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Le centenaire de la découverte de l'insuline: une histoire d'aujourd'hui

Dernière mise à jour : avr. 3


En dehors de l'histoire fantastique de la découverte de l'insuline qui a transformé la vie des diabétiques, c'est aussi l'histoire de pionniers, d'une recherche translationnelle accélérée en 12 mois et d'enjeux industriels, qui sont toujours bien perceptibles actuellement dans la quête du vaccin contre la COVID-19, à une époque sans internet, sans biologie moléculaire, sans vols transatlantiques et sans rendez-vous Zoom.

L'histoire. Tout a commencé avec l'idée en décembre 1920 d'un chirurgien orthopédique Frederick Banting (1891-1941) à droite de la photo, de purifier "la sécrétion interne" du pancréas capable de traiter la glycosurie, en ligaturant les canaux pancréatiques et provoquer l'atrophie du pancréas exocrine. Il assistait à une conférence sur le rôle de petites structures pancréatiques décrites par Paul Langerhans (1847-1888) et qui semblaient atrophiques lors d'autopsies de diabétiques décédés. Banting n'a aucune connaissance en biochimie ni en physiologie et ne connait pas grand chose au pancréas ni au diabète. C'est ce qui l'a rapproché de John MacLeod (1876-1935), un spécialiste du glucose à l'université de Toronto, en le suppliant de l'accepter dans son laboratoire. Après avoir obtenu de MacLeod en mai 1921 une petite pièce à coté de l'animalerie, 10 chiens et l'aide d'un élève assistant de laboratoire Charles Best (1899-1978), Banting a tout d'abord connu les échecs avec la mortalité de tous les chiens opérés (les 10 premiers, puis bien d'autres achetés à des refuges). Il s'est entêté en croyant à son idée originale.

C'est en améliorant sa technique opératoire que l'espoir est revenu fin Juillet 1921 en injectant des extraits pancréatiques de pancréas ligaturés à des chiens pancréatectomisés. Pour la première fois, l'injection de 10cc de ces extraits a permis la sortie du coma diabétique et le maintien en vie du chien n°92 (flèche de droite). Les 4 mois qui ont suivi ont été consacrés à l'amélioration de la production des extraits pancréatiques à la fois sur le plan de la quantité et de la pureté, avec le maintien en vie de Marjorie (la chienne de la photo) pendant 70 jours. Les injections sous-cutanées s'accompagnaient par contre d'abcès, ce qui en limitaient une application chez l'homme. Banting et Best ont noté que les extraits ne marchaient pas par voie orale ou après chauffage et que la limite de leur technique était la présence d'enzymes pancréatiques dans les extraits. C'est là où intervient mi-décembre 1921 James Collip (1892-1965), un brillant biochimiste, qui a appliqué la technique publiée par Nicolae Paulescu un physiologiste roumain (1869-1931), en fait le vrai découvreur de l'insuline avant la 1° guerre mondiale, avec l'extraction du pancréas entier bovin par une solution acide-éthanol. C'est cette préparation purifiée qui a servi au traitement en janvier 1922 de Leonard Thomson, un jeune garçon de 14ans pesant 28kgs en coma acido-cétosique avec la baisse rapide de la glycémie et la disparition de la cétonurie. En réalité, la préparation de Banting et Best s'était auparavant révélée peu efficace avec la survenue d'abcés aux sites d'injection. Le succès est arrivé avec une préparation concentrée de Collip et utilisée sans lui en parler. Le prix Nobel a été attribué en 2023 à Banting et MacLeod oubliant Best, Collip et Paulescu, suite à une visite à Toronto d'un des membres influant de la commission dont la femme présentait un diabète. Très rapidement et afin que cette invention puisse bénéficier aux patients, les découvreurs de l'isletine ou insuline ont cédé la propriété de l'invention à l'université de Toronto pour 1$ qui l'a ensuite cédé à 15 compagnies pharmaceutiques dont Elli Lilly aux Etats-Unis et Nordisk au Danemark. Banting répétait "l'insuline appartient au monde, pas à moi". On connait la suite de l'histoire. Environ 70 millions de personnes dans le monde dépendent de l'insuline pour survivre ou améliorer leur santé.

En conclusion, la découverte de ce médicament miracle qu'est l'insuline fait toujours l'objet de controverses. Tous les protagonistes de cette histoire se sont brouillés. Ce médicament est devenu un enjeu industriel et on peut regretter que son accès reste parfois difficile dans certains pays. La science est un travail de nombreuses équipes qui communiquent et collaborent, mais la compétition pour l'accès aux financements de la recherche et à la reconnaissance reste féroce. Dans tous les cas, il faut une idée, une cause et de la ténacité. Au début de la pandémie à COVID-19, les scientifiques ont collaboré très rapidement pour produire des vaccins de façon industrielle moins de 12 mois après les premiers cas et innovés avec les vaccins ARN. On verra ce que l'histoire en retiendra.




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